Aussi, le lendemain, lorsque le Maire vient au renseignements, il se contente des déclarations de Françoise.

Que réservait l'avenir à nos deux jeunes gens ? Certes, l'espoir renaissait en eux. Quelques semaines après la mort de son père, Françoise alla aux Orjus et passa une agréable journée avec son fiancé. Des mois s'écoulèrent, la jeune fille revint souvent chez sa marraine. Après Thermidor, Jean envisagea la possibilité d'un voyage à Cholet et fixa son départ fin Août. Pensant revenir bientôt, il faisait déjà des projet !...

Hélas ! Le malheur était proche...

Françoise qui avait tenu à renseigner son cousin sur le sort de Jean, lui parla de ce départ. Mais cette nouvelle ne plut pas à Julien, il se rappelait les dernières paroles que le père lui avait dites !

« Le Vendéen se moque de toi, répondit-il, ne reviendra pas si on le laisse partir ».

La jeune fille haussa les épaules, sans méfiance, elle ne doutait point de son ami. Le jour fixé, elle partit de bon matin au Orjus et accompagna le voyageur jusqu'aux abords de Souprat.

Sous le une pluie d'orage, après les derniers adieux, elle redescendait la pente, toute songeuse,, lorsqu'un coup de feu claqua sur les hauteurs ! Inquiète, elle revint sur ses pas et jeta soudain un cri d'angoisse ! Son cousin armé d'un fusil apparaissait derrière les genêts.

« Oui, c'est moi qui ai tué le Vendéen » déclara-t-il sans s'émouvoir, répondant au cri de sa cousine.

Affolée, la pauvre fille remonta le sentier en courant. Là-haut, elle continua sa course, recherchant vainement le corps de son fiancé. Mais la pluie redoublait de violence, elle dut rebrousser chemin. Grelottante, épuisée, elle vint se blottir contre la « pierre Ecumoire ». C'est là, près de ce roc dominant les vaux d'Annette que sa marraine la trouva une heure plus tard.

Françoise fut longtemps malade et ne retrouvera jamais sa belle santé. Parfois, lorsque sa raison se troublait, elle montait sur les « Avaloirs » à la recherche de l'ami disparu. Après, la mort de sa marraine, deux ans plus tard, elle partit une fois encore sur les crêtes, mais ne revint pas.

Quant à Julien, assailli de remords dès qu'il connut l'état de sa cousine, il s'engagea dans l'armée républicaine et trouva dans un combat contre les Autrichiens, la mort qu'il cherchait.

Lorsqu'au début du 19ème siècle, bonnes gens de Multonne contaient cette histoire, ils ne manquaient point d'ajouter que les soirs d'orage, on entendait encore sur les buttes, les plaintes de la dame des Avaloirs. Mais, une nuit d'été, un paysan des environs de Pré-en-Pail, revenant de « la Sainte-Anne » vis une lueur étrange sur la crête : Il s'approcha et aperçut deux jeunes gens qui marchaient dans la brière : arrivés près de la « Pierre Debout », ils s'embrassèrent et disparurent dans un éclair...

Depuis, on n'a jamais revu la dame des Avaloirs !